À la rencontre d'Espoir d'Afrique

Les montagnes sont faites de petites pierres.

 

Hey la tribu, 

C'est avec ce magnifique et très véridique proverbe que j'ai décidé de commencer cet article très spécial, Habibatou la fondatrice d'Espoir d'Afrique l'a cité en parlant des raisons derrière ce qu'elle fait. Et cela résume parfaitement ce qu'elle m'a dit. 

Je crois sincèrement comme Haby que dans la vie professionnelle et la vie personnelle, on a tous un rôle à jouer pour aider les autres. Pour moi et Arbafrican, ça signifie donner du soutien à ceux qui s'occupent de ceux qui en ont besoin. Chez Arbafrican, nous avons décidé de soutenir Espoir d'Afrique. Une belle association caritative née le 14 septembre 2018, qui a pour but de venir en aide aux plus démunis en France à travers des maraudes. Mais aussi en Afrique avec leur caravane de l'Espoir au Sénégal. 

 Le mois dernier, j'ai eu la chance de discuter avec Habibatou Ba, fondatrice et présidente de l'association Espoir d'Afrique. À travers cet échange, très enrichissant humainement, j'en ai appris beaucoup sur Haby comme on l'appelle et comment elle espère changer les chose à son échelle.

Une membre d'Espoir d'Afrique avec un des enfants qu'ils ont aidé

 

Traumavertissement : mention de sévices sur enfant, mention de mortalité néonatale.

 

1. Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?


Je m'appelle Habibatou Ba, j'ai 24 ans, je suis infirmière diplômée depuis 3 ans et demi. Originaire du Sénégal.

2.Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Je l'ai pris par apport à ma personnalité, je suis quelqu'un qui espère beaucoup et très optimiste. Je suis très optimiste sur le fait que l'Afrique a un potentiel, elle a ses richesses et sa pauvreté, mais elle a plus de richesse que de pauvreté. J'ai l'espoir un jour que l'Afrique se développe petit à petit, en prenant l'exemple du Sénégal j'y suis allée en 2002, 2007 & 2010 et la transition que je vois chaque année est considérable. Et quand j'y suis retournée en 2019, je n'ai pas reconnu le pays, il y avait des axes routiers, les mentalités ont évoluées. Ce terme d'espoir c'est au fond une volonté que les choses avancent, que l'Afrique puisse s'émanciper d'elle-même. 

Même si c'est contradictoire, car on fait de l'aide humanitaire, donc c'est qu'elle a un besoin d'un petit coup de pouce. Mais en tant qu'enfant issue de la diaspora, c'est plus compréhensible et noble que les grandes ONG. Attention, dans ces ONG, il y a du bon et du mauvais, elles ont déjà plus de moyens donc peuvent aider beaucoup plus que nous, c'est le positif que je retiens. Mais les limites sont qu'il y a ce syndrome "du sauveur blanc" et ils s'en servent pour dire que sans eux l'Afrique ne serait rien. Alors que non l'Afrique depuis des siècles, c'est de la médecine ancestrale, traditionnelle. J'aimerais que les jeunes de la diaspora africaine multiplient les associations, les actions pour au final un jour pouvoir dépasser les ONG. Il faut que les jeunes prennent conscience des difficultés sanitaires et sociales, il faut qu'on s'y intéresse pour mobiliser plus de personnes. Et qu'on puisse arriver à faire nous-même nos ONG.

3.Quand et pourquoi as-tu décidé de créer l’association Espoir d’Afrique ?

L'idée m'est venu pendant mes études d'infirmière, on avait le choix de faire un voyage durant la dernière année. Je suis donc allée au Sénégal et étais en contact avec une association qui sensibilisait les populations aux gestes de premier secours. Quand j'ai vu le nombre de personnes qui n'avaient pas les moyens de se soigner, car même la compresse on doit la payer, je me suis dit qu'il fallait refaire cette action. C'était une très bonne expérience et c'était la première fois de ma vie que je me suis sentie utile. Par la suite, j'ai recruté mes copines infirmières et par le bouche à oreille d'autres personnes sont arrivées.

J'ai pris conscience des difficultés rencontrées dans nos pays en terme de santé et j'avais besoin d'éduquer nos populations sur certaines questions sensibles. J'avais besoin d'apporter ma pierre à l'édifice après, je ne pense pas faire de grands changements, mais comme on dit les montagnes sont faites de petites pierres. L'idée est de faire perdurer ces actions et donner envie à d'autres personnes de le faire aussi.

4.Pourquoi faire aussi des maraudes en France ?

On vit en France, on a grandi en France donc on s'est dit à notre niveau on peut apporter quelque chose aux sans-abris. Et il faut dire que la plupart des migrants viennent d'Afrique, donc on aide nos frères sur notre territoire. Ces maraudes sont le produit de nos deux cultures.

5.Qui sont les membres qui travaillent à tes côtés ?

Il y a Backary qui est consultant en hôtellerie, restauration & tourisme. Hawa Sy qui est infirmière, Ameni qui elle travaille aux  Ressources Humaines. Mais aussi Hawa Soumaré une autre infirmière, Diarietou Camara qui est sage femme et on a d'autres personnes qui ne sont pas membres actifs, mais nous soutiennent dans nos actions. Tout le monde dans notre association a le même statut, c'est une ambiance familiale même si parfois, il faut distribuer des rôles. 

6.Pourrais-tu nous parler des dernières actions que vous avez faites ?

La dernière faite était une maraude en décembre 2020, dans le secteur de Porte de la Chapelle à Paris avec les migrants. Chacun dans l'équipe devait faire un nombre de sandwiches, en plus de ceux ramenés par les bénévoles. On essaie toujours de mobiliser des gens pour qu'ils viennent avec nous, car c'est toute une organisation : ramener les sandwiches, contrôler la queue sur place, régir la distribution.

Notre plus grosse action était en 2019 au Sénégal avec la Caravane de l'Espoir, nous n'avons pas pu réitérer en 2020 à cause du Covid. Nous sommes allées dans un village près de la frontière gambienne, ensuite un autre en Sénégal oriental. À Dakar, nous avons visité un centre d'accueil d'urgence pour les enfants, il faut savoir qu'au Sénégal il y a le phénomène des "talibés": des enfants issus de familles pauvres qui sont confiés à des marabouts par leurs parents, pour que ces marabouts s'occupent de leur éducation.

Mais il y a des dérives les enfants sont obligés de ramener une somme imposée par le marabout, ce sont des enfants qui se retrouvent à la rue, qui n'ont pas conscience du danger, parfois victimes d'abus, ils sont très vulnérables livrés à eux même à un très jeune âge et détachés de tout amour parental .Ils se font battre par le marabout, si ils ne ramènent pas la somme demandée. Et à Dakar il y a le centre l'Empire des enfants où les talibés peuvent aller en cas d'urgence, ils sont hébergés ,nourris etc. Le centre essaie de parler aux parents de les convaincre de récupérer leurs enfants. Notre mission a été de ramener des denrées alimentaires à ce centre qui vit principalement de dons, on a rencontré les enfants, on a essayé de comprendre les difficultés du centre, la réalité des écoles (dara) où se trouvent les talibés.

Dans les villages, nous avons organisé des journées de consultations gratuites, durant lesquelles nous avons offert des médicaments. Dans les écoles, nous avons distribué du matériel scolaire, parlé avec les parents et essayé de les sensibiliser sur le mariage précoce des jeunes filles. Et de leur faire comprendre que leur éducation est importante, et qu'elles peuvent être elles aussi une source de revenue pour la famille. Mais aussi sensibiliser contre le travail des enfants. On a évidemment abordé ces sujets subtilement en demandant aux enfants ce qu'ils voulaient faire plus tard, et ensuite le faire savoir aux parents en leur montrant l'importance de l'éducation et qu'il s'agit d'un investissement sur le long terme. Il ne faut pas aller en frontal, mais ramener les sujets sensibles petit à petit. Le fait de faire partie de la diaspora et de connaître les traditions et cultures, nous permet de mieux gérer ces conversations et trouver des compromis pour changer les choses petit à petit.

 7. À quoi ressemble une journée à Espoir d’Afrique quand une action est en cours ?

C'est très simple, c'est comme si des copains se rejoignaient, chacun apporte ce qu'il peut apporter. On est une équipe qui sait s'organiser et s'adapter au terrain et qui a appris de ses erreurs.

On a une réunion mensuelle où on se met d'accord sur qui fait quoi, à quel moment la maraude sera fait et où, sachant qu'on essaie de suivre la mouvance des migrants qui ne restent pas à un point fixe.

8.En un mot comment décrirais-tu ce que vous faîtes?

Le partage. Dans n'importe quelle action que l'on fait il y a du partage dans les deux sens, même entre nous, nous partageons. 

9.Quel est le souvenir qui t'a le plus marqué, depuis le début de cette aventure ?

C'était pendant une journée de consultation gratuite, on a eu la visite d'une dame qui était enceinte de 5-6 mois et ce qu'elle ne nous avait pas signalé, c'est que les mouvements du bébé avaient diminué tout au long de la journée. Ce n'est qu'en soirée qu'elle nous l'a fait savoir. Il devait être 22 h, quand on a pris la voiture et conduit jusqu’à la ville d'à côté à 1 h de trajet, qui avait un hôpital, car nos ressources étaient très limitées. Nous avions conduit dans la nuit en pleine brousse, nous avons eu peur surtout que nous n'étions que des femmes.

Malheureusement, le bébé était déjà décédé, nous avons été très meurtries, mais le pire a été quand une infirmière nous a dit d'aller acheter un pack d'accouchement, tout le matériel dont un hôpital a besoin pour faire accoucher, sans cela aucune procédure ne pouvait être faite, ce qui m'a sur le coup choquée. J'ai donc dû marcher et chercher en pleine nuit une pharmacie de garde. La troisième chose qui m'a touchée cette nuit-là, a été la prise en charge de la douleur. Ici en France on fait très attention à la douleur, on prend soin des femmes, en Afrique, il n'y a pas ce genre de choses. J'ai pleuré complétement dépassée, je me suis sentie dépassée par le contexte, le fonctionnement hospitalier . 

C'est là que je me suis dit que nous venons aider nos frères et sœurs d'Afrique, mais en réalité nous restons limités face à un contexte institutionnel, car les hôpitaux fonctionnent avec l'argent. S'il n'y a pas d'argent rien ne peut être fait, c'est un cercle vicieux. J'ai pris conscience d'énormément de choses. Les réalités sont vraiment différentes et il faut faire avec ces différences. Au final, la dame a accouché, on nous a remis le bébé et nous l'avons enterré le jour d'après. Ce souvenir m'a remise à ma place de privilégiée.

 

Haby la fondatrice, entourée des enfants qu'ils ont aidé

10.Quels sont vos projets futurs ?

Au mois de novembre, nous aimerions faire la deuxième édition de La Caravane de l'Espoir au Sénégal. Nous voulons gagner plus d'expérience dans le milieu humanitaire dans ce pays, avant d'aller ailleurs en Afrique.

11.Comment et où peut-on vous aider ?

Plusieurs manières de le faire : soit vous venez avec nous directement au Sénégal, nous sommes ouverts à toutes candidatures. Nous prenons aussi du matériel médical, des vêtements. Mais aussi des dons financiers qui permettent de financer les consultations gratuites, de payer les médicaments et de les offrir gratuitement aux patients qui viennent à nos consultations, cela permet aussi de financer le matériel scolaire que l'on donne aux enfants, de transporter le matériel de Dakar aux villages. 

Le plus intéressant étant le don financier, en 2019 on a pu consulté 300 personnes, nous savons que si nous étions partis avec plus de dons, nous aurions pu faire beaucoup plus. Mais on a fait avec ce qu'on avait et on a procuré de la joie, encore aujourd'hui nous avons des retours de personnes qui nous appellent et nous demandent de revenir. Il est important de dire que nous payons nous-même nos billets d'avions, l'hébergement, la nourriture, etc. Donc tout l'argent récolté va à 100 % dans la partie associative.

12.Un dernier mot de la fin ?

Peu importe qui nous sommes on a tous cette plus-value qui peut profiter à autrui. Il faut chercher comment aider selon ce qu'on peut. Je pense qu'on peut rendre le monde meilleur en donnant de soi ne serait ce qu'une infirme partie.

 

Vous voulez faire un don ? Vous pouvez le faire via PayPal, en envoyant à cette adresse : espoirdafrique@hotmail.com

Une question, un besoin d'information ? Contactez l'association sur leur page Instagram @Espoirdafrique1 ou bien par mail à espoirdafrique@hotmail.com

Le saviez-vous ? Si vous achetez un de ces mugs : Melanin Queendom, Tifinagh, Bin Bling, Bonnet Cabral ou Langue des Signes , c'est 1€ reversé à l'association Espoir d'Afrique. Chez Arbafrican on a voulu que vous fassiez plaisir ou vous vous fassiez plaisir, tout en faisant une bonne action. 

 

Après cette leçon de vie mémorable, je ne peux vous souhaiter que de bonnes choses et vous dire à bientôt pour un prochain article. 

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